Lettre du président de l’APLV au ministre de l’education nationale et à la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche à propos de "l’exception pédagogique"

mardi 28 août 2007

Association des Professeurs de Langues Vivantes

Siège : 19, rue la Glacière 75013 Paris
Tél : 01 47 07 94 82
E-mail : aplv@wanadoo.fr

Président
Sylvestre Vanuxem
sylvestre.vanuxem1@libertysurf.fr

à Mme Valérie Pécresse
Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche
1 rue Descartes
75231 Paris cedex 05

et M. Xavier Darcos
Ministre de l’Education Nationale
110 rue de Grenelle
75007 Paris

le 7 juillet 2007

Madame la Ministre, Monsieur le Ministre,

Je vous écris afin d’attirer votre attention sur une situation paradoxale dans laquelle se trouvent un grand nombre de professeurs, et particulièrement ceux de langues vivantes ; il s’agit du cadre très restrictif régissant la diffusion de documents audio-visuels en classe.
Alors que les programmes de langues de l’enseignement scolaire incitent à raison les professeurs à confronter le plus souvent possible leurs élèves à des documents authentiques, ceux-ci ne peuvent bien souvent le faire que dans l’illégalité.
Les avancées permanentes de la technologie ne font par ailleurs que renforcer le paradoxe de cette situation : les « baladodiffusions » sont un outil extrêmement efficace pour les professeurs qui peuvent ainsi cibler les thèmes des documents qu’ils souhaitent diffuser aux apprenants à des fins pédagogiques. Cette diffusion reste malheureusement à usage privé et donc légalement impossible en classe. De nombreux établissements scolaires et universitaires se dotent de tableaux interactifs qui permettent de mettre en place des pratiques de classe innovantes et particulièrement motivantes pour les élèves et étudiants, leur efficacité est pourtant limitée par le fait que certains documents audiovisuels trouvés sur Internet ou enregistrés par les professeurs ne sont pas légalement diffusables.
Un autre aspect du problème est que nos élèves, désormais familiarisés avec une technologie que la plupart possèdent chez eux et maîtrisent parfaitement, comprennent difficilement que celle-ci n’ait pas une place plus importante dans la salle de classe.

La tentation est donc forte pour nos collègues de ne pas respecter la loi et d’utiliser malgré tout des documents audiovisuels en classe pour le bien de leurs élèves. Certains n’ont d’ailleurs pas conscience d’être dans l’illégalité car ils ne peuvent imaginer que le cadre légal puisse être si restrictif. Peu de mises en garde sont faites au cours de la formation des enseignants, les équipements technologiques permettant la diffusion sont mis à leur disposition par les établissements et les concours de recrutement eux-mêmes entretiennent la confusion en utilisant des documents audiovisuels authentiques de sources variées comme support pour les épreuves de compréhension/restitution. On pourra également constater que l’épreuve de compréhension orale en langue vivante prévue à la session 2008 du baccalauréat STG amènera les professeurs à avoir recours à la diffusion de documents authentiques pour leur préparation, au moins dans un premier temps.

Il existe certes des possibilités d’utilisation de documents audiovisuels authentiques en classe.

Des accords cadres avec un certain nombre de grandes chaînes de pays européens disponibles en France ont été signés. Ils permettent aux enseignants d’utiliser gratuitement et librement les émissions de ces chaînes à des fins pédagogiques. Ces accords viendront malheureusement à échéance en 2008. Seront-ils reconduits ? Le nombre de chaînes concernées, trop faible actuellement pour assurer une variété des sources dans une même langue, sera-t-il augmenté ?

Il est également possible d’enregistrer et diffuser des programmes des chaînes françaises hertziennes et non payantes de la TNT. En ce qui concerne les langues vivantes, exception faite de la chaîne franco-allemande ARTE, force est de constater que les quelques émissions disponibles en version originale ne présentent qu’un faible intérêt pédagogique. On se heurte par ailleurs à cette mauvaise habitude française qui consiste à éviter le sous-titrage au profit d’un doublage systématique rendant les documents inexploitables en classe de langue et ne favorisant pas l’intérêt de nos concitoyens pour les langues étrangères en général.

Certains accords ponctuels peuvent être négociés avec des chaînes étrangères, mais cela est fastidieux et lorsque des droits de diffusion sont réclamés, les complications administratives rendent le paiement complexe. Certains professeurs les acquittent parfois de leurs deniers personnels, mais cela a ses limites.

Des films en version originale sur support DVD proposés par des éditeurs spécialisés peuvent être acquis par les établissements et diffusés, mais le coût des droits d’auteurs ainsi acquittés les rend chers. Les établissements ne peuvent donc se permettre d’en acheter un grand nombre.

Les manuels sont désormais vendus avec des supports contenants des documents audiovisuels ou proposent des sites Internet dédiés destinés à compléter les supports papier. Ceci est un progrès mais limite les initiatives du professeur. Il faut aussi remarquer que dans l’enseignement supérieur, et particulièrement chez les étudiants spécialistes d’autres disciplines que les langues vivantes, peu de manuels existent et les enseignants travaillent presque exclusivement avec des documents authentiques nécessitant une réactualisation permanente.

Une évolution de cette situation est donc nécessaire. L’APLV, qui œuvre depuis toujours pour l’innovation en matière de pratiques de classe de langue souhaite que soit définie une véritable « exception pédagogique » assimilant par exemple le groupe classe d’un établissement scolaire, ou universitaire, au cercle familial dans lequel la diffusion libre de documents audiovisuels est autorisée.

Il n’est bien sûr pas question de « flouer » les auteurs et ayants droits français et étrangers des documents utilisés en classe. Il est d’ailleurs de notre devoir d’éducateurs de rappeler à nos élèves qu’on ne peut profiter de biens culturels sans que leurs auteurs soient rétribués. Un système de recouvrement forfaitaire tel celui déjà mis en place pour les documents papiers photocopiés pour la classe – étendu aux documents textuels publiés sur Internet - pourrait être institué.
Rappelons que les auteurs et producteurs des œuvres diffusées à des fins pédagogiques peuvent aussi trouver un intérêt dans l’existence de « l’exception pédagogique » dans la mesure où les professeurs assurent ainsi la promotion d’émissions télévisées et radiophoniques de qualité, de films ou d’œuvres musicales présentant un intérêt pour leurs élèves.

Il nous semble qu’une consultation des associations de professeurs concernés par cette question, des syndicats d’enseignants, des représentants des médias étrangers, des auteurs et producteurs d’oeuvres audiovisuelles menée par vos ministères pourrait être utile pour définir ce que pourrait être une « exception pédagogique » respectueuse des intérêts de chacun.

En espérant que vous pourrez donner suite à cette proposition, je vous prie d’agréer Madame la Ministre, Monsieur le Ministre, l’expression de mes respectueuses salutations.

Sylvestre Vanuxem
Président de l’APLV


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