« L’influence de la ville sur le langage », une interview de Louis-Jean Calvet, dans le Petit Journal

vendredi 1er février 2008
 Laure PESKINE

Le Petit Journal : Qu’apporte la ville à la linguistique ?

Louis-Jean Calvet : La ville est un lieu de brassage. Elle est la cible de migrations. Dans les pays plurilingues, la ville est une sorte de pompe aspirante. Elle aspire du plurilinguisme et recrache du monolinguisme. Quand des gens parlent des langues différentes et qu’ils sont obligés de communiquer, il naît des langues véhiculaires. A Dakar, par exemple, on compte 25 langues dans la ville et deux langues sur les marchés. C’est dans ce brassage que naissent les langues véhiculaires qui annoncent les situations de demain. La ville est donc un miroir de la gestion du plurilinguisme. Elle permet aussi de cerner le niveau des locuteurs des différentes langues.
A Paris, par exemple, les restaurants chinois de Belleville, un quartier populaire, affichent leur raison sociale dans un chinois impeccable, tandis que l’on trouve des fautes d’orthographe ou des graphies malhabiles sur les vitrines des restaurants ou des boucheries musulmans. En revanche les annonces pour les duty free sur l’avenue de l’Opéra sont faites dans un arabe parfait : on ne vise pas le même public.

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