En direct de la présidence - 2/2006 des Langues Modernes

mardi 1er août 2006

Note

par Sylvestre Vanuxem, Président de l’APLV

En cette fin d’année scolaire paraissent deux textes dont l’impact sera très important sur l’enseignement des langues vivantes en France, dans ses objectifs comme dans son organisation. Le premier d’entre eux est la circulaire ministérielle du 31/05/2006 parue au BO présentant le plan de rénovation de l’enseignement des langues que le ministère met en place. Ce texte est consultable sur le site Aplv-Langues Modernes. Il rappelle dès son introduction que l’objectif principal du plan est de renforcer l’apprentissage de l’oral. Ensuite, on confirme l’adoption du cadre commun européen comme référence pour mesurer l’acquisition des compétences langagières de communication tout en rappelant que l’aspect civilisationnel ne doit pas être négligé, celui-ci n’étant pas pris en compte par le CECR. Tout ceci n’est pas nouveau. Ce qui l’est, ce sont les implications de cette adoption dans l’organisation des enseignements, à commencer par la notion de groupes de compétences. Ceux-ci pourront exister dans l’enseignement primaire ainsi qu’au collège, les nouveaux programmes en cours d’élaboration en favoriseront la constitution. Au lycée, suite aux expériences menées, il n’y aura que des groupes de compétences, avec possibilité pour les élèves de changer de groupe selon leur progrès. Les autres rubriques sont tout aussi importantes. On mentionne les rythmes modulables et la mutualisation possible des horaires de deux langues, l’allègement des effectifs en terminale, l’exposition à la langue et l’apprentissage en autonomie, le rôle des assistants, leur statut et leur formation. Un chapitre concerne les certifications qui doivent être revues en fonction du CECR et pourront être conçues en accord avec les pays étrangers. On évoque aussi, rapidement, la formation des enseignants et la révision des programmes.

Si l’on peut se réjouir que ce plan permette à l’enseignement des langues d’évoluer en prenant notamment en compte les acquis du primaire et en envisageant l’apprentissage d’une langue durant toute la scolarité, quelques remarques doivent cependant être faites. Le chapitre consacré aux certifications ne précise pas à quel stade et dans quelles conditions les tests seront effectués. La mise place de groupes de compétences en dépend.
Il n’est fait aucune mention du Portfolio des langues, instrument d’évaluation qui sert à accompagner l’apprenant tout au long de son parcours en se référant au CECR.
Qu’adviendra-t-il des élèves ayant atteint le niveau B2 avant la fin des études secondaires ? L’idée de mutualisation des horaires de deux langues n’encourage pas clairement les élèves ayant acquis les connaissances nécessaires dans une, voire deux langues à démarrer l’apprentissage d’une troisième, favorisant ainsi la diversification.
Il est utile de rappeler les aspects civilisationnels de l’apprentissage d’une langue, mais comment les évaluer si les certifications se basent entièrement sur le CECR ?
Le chapitre consacré à la formation des enseignants remet celle-ci entre les mains des corps d’inspection et prévoit que les enseignants bénéficieront progressivement d’actions accompagnement. Espérons que ceci ne restera pas un vœu pieux, ce que peut laisser craindre la brièveté du chapitre. Espérons aussi que les chefs d’établissement seront convaincus du bien fondé de ce plan qui pourrait leur apparaître comme un casse-tête de plus.

On pourrait faire les mêmes remarques à propos de l’autre texte, le projet de décret relatif au socle commun de connaissances et de compétences. La pratique d’une langue vivante étrangère en fait partie. Là non plus, aucune mention du portfolio des langues. Les questions de formation des personnels et notamment des professeurs des écoles ne sont pas évoquées, on rappelle que l’apprentissage d’une langue doit permettre de « dépasser les stéréotypes » mais encore une fois, seul le CECR sert de référence. Enfin et surtout, le socle commun exclut la notion de plurilinguisme. On parle bien d’une et non d’au moins une langue vivante et on ne rappelle pas que certains acquis sont transférables à l’apprentissage d’autres langues.

Ce numéro des Langues Modernes est consacré à la délicate question de l’enseignement du Mal. En enseignant une langue, on transmet aussi la culture des pays où elle est parlée avec ses aspects positifs mais aussi parfois terriblement négatifs, avec encore plus de difficulté que nos collègues d’histoire-géographie qui bénéficient toujours du « filtre » de la langue française comme véhicule de leurs enseignements. Le professeur de langue doit constamment jouer les équilibristes essayant d’assurer la promotion de la langue qu’il a choisi d’enseigner et de la culture des pays où elle parlée sans paraître cautionner leurs dérives.
L’équipe des Langues Modernes a effectué un gros travail de réflexion pour préparer ce numéro et je suis sûr que, comme depuis cent ans maintenant, Les Langues Modernes sauront vous apporter les éléments de réflexion nécessaires et susciter le débat.

Sur un plan plus pratique, vous retrouverez dans ce numéro le dossier consacré à l’épineuse question des droits d’auteurs des documents audio et vidéo préparé par notre collègue Laure Peskine. Ce dossier très complet a déjà été publié sur notre site et a suscité beaucoup de réactions dont l’association pourra s’inspirer pour demander au Ministre de nouvelles avancées dans ce domaine. Puisqu’il faut renforcer l’enseignement de l’oral sans négliger les aspects culturels, peut-on se passer de l’utilisation d’extraits de films en classe, celle-ci demeurant illégale ?

Bonne lecture


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