Réaction de l’APLV après les déclarations de Luc Chatel sur l’apprentissage de l’anglais dès l’âge de 3 ans en maternelle

mercredi 2 février 2011
 Michel MOREL

Ce texte complète les différentes interventions de l’APLV dans les médias.

Dans le document mis en téléchargement, à la suite de l’exposé des positions de notre association, le visiteur pourra lire, annotés succinctement, les extraits des interviews du ministre de l’Éducation nationale portant sur cette question.

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Réaction de l’APLV après les déclarations de Luc Chatel sur l’apprentissage de l’anglais en maternelle

Les positions de l’APLV

Sur la priorité donnée à l’anglais
Cette volonté de donner la priorité à l’anglais et de généraliser son apprentissage n’est pas propre au gouvernement français. De nombreux gouvernements européens sont déjà allés dans le même sens, contre l’avis de ceux qui défendent la diversité linguistique et culturelle sur notre continent et dans
le monde, et en dépit des préconisations du Conseil de l’Europe. Il a été déjà dit et redit comment cette politique linguistique pouvait conduire au déclin, voire à l’abandon des langues nationales, d’abord dans les usages professionnels, puis dans les usages privés.
Il y a d’autres motifs de s’y opposer.
Le ministre justifie son choix en se basant sur ce qu’il estime explicitement être des besoins linguistiques d’« aujourd’hui », faisant, comme beaucoup d’autres avant lui, un pari risqué sur l’avenir. Nous avons la chance d’avoir un enseignement des langues encore un peu diversifié. Ne la perdons pas. En outre, les besoins d’anglais sont surévalués dans un pays où la balance commerciale
est déficitaire. Les entreprises françaises devraient pourtant savoir que, si l’on peut acheter dans n’importe quelle langue, et pourquoi pas en anglais, il est plus facile de vendre en utilisant la langue de l’acheteur potentiel.

L’APLV s’est toujours prononcée pour le maintien du caractère optionnel de l’enseignement des langues en France, quel que soit le niveau considéré, pour la diversification de cet enseignement et contre toute politique qui favoriserait l’hégémonie d’une langue en menaçant l’existence des autres.

L’apprentissage de l’anglais dès 3 ans
Les déclarations du ministre ont provoqué des réactions diverses dans la presse, dont certaines nous ont semblé présenter la même confusion que ses propos. S’agit-il d’enseigner, d’initier, de sensibiliser, de faire mémoriser du vocabulaire, d’éduquer l’oreille [1] ...?
Que sait-on de ces soi-disant expérimentations – ou expériences, Luc Chatel n’a pas l’air de trop savoir –, conduites « ici ou là », « dans pas mal d’écoles » ? Comment un ministre de l’Éducation peut-il oser déclarer obtenir de bons résultats alors que ces expérimentations ne sont manifestement pas arrivées à leur terme ? Comment peut-il affirmer, après avoir « assisté à des cours d’anglais avec
des locuteurs natifs via internet » dispensés à des bambins de 3 ans, que des « progrès considérables » ont été faits, sans même qu’il soit possible de préciser par rapport à quoi ils ont été faits ? Est-il raisonnable d’envisager, après un séjour de 48h à Singapour, de transposer en France son système d’enseignement précoce de l’anglais ?

Dans ce domaine comme dans d’autres de l’Éducation nationale, il ne peut y avoir d’expérimentation valable que si :
- des objectifs sont fixés et connus de tous les acteurs de l’expérimentation ;
- celle-ci est mise en œuvre avec un échantillon représentatif de la population scolaire ;
- l’ensemble du dispositif d’enseignement-apprentissage est décrit de façon claire et détaillée ;
- une évaluation est faite, selon des modalités connues à l’avance, par des tiers indépendants et prenant en compte les conséquences, constatées ou prévisibles, à court, moyen et long terme.
Rien de tel dans ce cas [2], selon les informations dont nous disposons. La prudence est donc de rigueur et le scepticisme la seule réaction raisonnable devant les affirmations péremptoires du
ministre.

Les nouvelles technologies
Cela fait belle lurette que les enseignants de langues, comme les collègues des autres disciplines, utilisent les technologies de l’information et de la communication, quand la maintenance des matériels est suffisante pour les rendre utilisables dans les établissements, et nous pensons qu’il n’est
pas nécessaire de trop nous appesantir sur la proposition du ministre de recourir à l’enseignement à distance via internet pour initier des bambins de 3 ans à l’anglais.
Henri Dieuzeide, inspecteur général de l’Éducation nationale, qui a beaucoup œuvré, dès le début des années 50, avec la télévision éducative, pour l’introduction des technologies dans l’enseignement, répétait à qui voulait bien l’entendre qu’un enseignant qui craignait de se voir supplanter par la machine devait changer sans tarder de profession. Un peu à sa manière, nous dirons au ministre que, s’il espère pouvoir remplacer un enseignant compétent dans une petite section de maternelle par un écran d’ordinateur, il est urgent qu’il change au moins de portefeuille.
Les technologies qu’on qualifiait, il y a peu, d’éducatives, sont des outils, comme le marteau : s’il n’y a pas une main habile (entendez formée) pour le tenir, il est non seulement inutile mais dangereux.

La mobilité
Nous avons montré dans notre enquête sur les voyages scolaires à l’étranger les difficultés administratives et financières auxquelles se heurtent les enseignants pour les organiser.

Luc Chatel ne « réinvente rien », ni l’« anglais indispensable », ni l’enseignement précoce, que le ministère de l’Éducation s’est avéré incapable de mettre en place partout et dans de bonnes conditions à l’école primaire [3], ni le recours aux technologies de l’information et de la communication pour enseigner les langues, ni les voyages scolaires et les séjours à l’étranger que les enseignants continuent d’organiser en dépit des obstacles institutionnels qu’ils rencontrent.

Luc Chatel propose seulement des moyens – illusoires – de corriger les conséquences néfastes de la politique de son gouvernement, marquée par les restrictions budgétaires et les suppressions de postes de professeurs, tout en espérant pouvoir éviter d’avoir à former des enseignants compétents.


[1Pour cela on peut recourir également à la musique.

[2Et dans bien d’autres à l’Éducation nationale.

[3Voir les articles de la rubrique « langues vivantes » du SNUipp 47


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