Colloque international des Xes Journées des Droits Linguistiques : « Évaluation des politiques linguistiques » - du 14 au 16 décembre 2016 à Teramo-Giulianova

mardi 6 décembre 2016
 Laure PESKINE

Ce colloque vise à analyser les objectifs et les méthodes d’évaluation des politiques linguistiques en Italie, Europe et au-delà. Ce thème est très actuel et urgent, et donne lieu à un large éventail d’interprétations et d’articulations.

Une première articulation est de nature majoritairement économique et politique. Notamment à l’âge de l’austérité il est indispensable d’évaluer tout investissement public, dont évidemment les politiques linguistiques. Et ce, non seulement pour rendre compte des ressources publiques investies, mais également, et surtout, pour vérifier si telle politique a débouché sur les résultats programmés et espérés ou si, au contraire, son interruption avant les délais prévus en a provoqué l’échec et donc le gâchis d’argent public. Faute de cette vérification, c’est le soutien citoyen à cette même politique qui risque de faire défaut. Dans plusieurs contextes multilingues européens où l’on parle une ou plusieurs langues minoritaires, la nécessité s’impose aux autorités de politique linguistique de prévoir des évaluations régulières, notamment pour ce qui est de l’enseignement des langues dans les systèmes publics d’instruction. Cela est valable non seulement pour l’enseignement des langues étrangères, dont la connaissance est généralement associée à des avantages de nature économique aussi bien pour l’individu que pour la société, mais également pour les langues nationales qui sont un outil très important pour favoriser l’intégration sociale et dans le monde du travail de masses croissantes d’immigrés (et de leurs conjoints).
Une seconde articulation est de nature plutôt culturelle et sociale. Se rapprocher de et travailler sur l’évaluation des politiques linguistiques revient à déclarer de les prendre au sérieux, en les inscrivant tout à fait dans le cadre des politiques publiques. En effet, dans le monde contemporain, si la culture de l’évaluation a concerné et concerne, parfois avec un zèle excessif, de nombreuses activités humaines, la sphère linguistique n’a pas fait, jusque-là, l’objet d’attentions particulières.

L’incomplète, inexistante ou insatisfaisante évaluation des politiques linguistiques a produit et continue de produire plusieurs conséquences négatives (et sans doute quelques-unes également positives), qui reviennent à l’opacité partielle du rapport entre économie, sujet, langue et gouvernance de la communauté.

Nous nous devons d’analyser ce rapport, en distinguant tout particulièrement entre :
des politiques concernant les langues de grande diffusion et les langues officielles. L’enjeu est de taille, en ce que l’évaluation de ces politiques pourrait éclaircir la portée (positive et/ou négative) de certains choix, comme, par exemple, l’adoption de la langue anglaise comme langue de la science et de la formation aussi dans les pays non anglophones et, plus largement, comme « lingua franca [sic] internationale ». Il nous échoit d’inclure dans cette catégorie aussi la promotion de la langue italienne à l’étranger, qui depuis 2014 fait l’objet d’un intérêt renouvelé de la part du Ministère des Affaires Étrangères et de la Coopération internationale ;
des politiques concernant les langues patrimoniales ‒ régionales, locales ou minoritaires historiques ‒, de plus en plus délégitimées en raison justement du manque de leur évaluation ou de leur évaluation interrompue : ces politiques sont d’une manière diffuse perçues comme un coût pour la collectivité. Néanmoins, la disparition ou la survie de ces « patrimoines linguistiques » est un enjeu aussi crucial ;
des politiques concernant les langues des « nouvelles minorités », dont la prise en compte semble être stratégique pour favoriser une intégration des communautés de nouvelle ou récente immigration davantage orientée au dialogue et à l’interculturel qu’à l’assimilation. Même dans ce cas-là l’enjeu ‒ en termes de conflictualité ou de pacification sociales ‒ est de taille.
Il est donc indispensable d’éclaircir ces enjeux sachant que, d’une part, ces trois niveaux de politique linguistique peuvent interagir (la valorisation des langues locales historiques, qui sont souvent de véritables charnières entre différents États et qui sont en tout cas fonctionnelles à une communication de proximité, peut par exemple contribuer à une plus rapide et efficace intégration de quelques communautés de nouvelle immigration) ; d’autre part, il est nécessaire de questionner sérieusement mais aussi de manière créative, originale, les méthodes, critères et indicateurs à adopter pour évaluer opportunément les politiques linguistiques, justement en raison de la nature foncièrement anthropologique et sociale des langues naturelles. Les indicateurs à analyser ne doivent pas être que de type économique, bien entendu, mais doivent également viser la santé, les biens relationnels, la qualité de la vie, la cohésion sociale et intergénérationnelle, la désaliénation culturelle, la soutenabilité environnementale et ainsi de suite.

Ces réflexions sont nécessaires. Même si le rôle de l’évaluation (au sens de policy analysis) faisait consensus auprès des experts de politique linguistique dès les années 70, notamment en Amérique du Nord, ce n’est qu’à compter des années 90, et de manière croissante dans la dernière décennie, que des instruments généraux d’évaluation se sont développés dans le domaine de l’aménagement linguistique. Il faut donc dresser un état de l’art et envisager, pour l’avenir, les lignes de développement de la recherche et de l’enseignement, et ce d’après une démarche interdisciplinaire aussi parce que, en plus de la relative pénurie des pratiques de terrain, il manque des profils et des parcours de formation adéquats à même de répondre à l’exigence de préparer des professionnels dans le domaine de l’aménagement linguistique et dans l’évaluation des politiques linguistiques. La recherche, l’enseignement des politiques linguistiques et la formation doivent trouver la place qui leur revient à l’école aussi bien qu’à l’université.

La complexité du thème proposé dans ce colloque mérite une discussion approfondie et interdisciplinaire, visant à restituer de la valeur, de la légitimité et de l’efficacité aux politiques linguistiques d’aujourd’hui et de demain.

Consulter les programme complet sur le site du colloque.


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