Regard sur une tradition caraïbe, l’illumination de Morne-à-l’Eau

mercredi 21 novembre 2018

S’il est une tradition qui témoigne des liens qui unissent les peuples de la CARAÏBE, c’est bien le culte rendu à leurs défunts.
Cette célébration, moins festive qu’au MEXIQUE par exemple, est une manifestation du syncrétisme religieux qui s’est constitué avec l’apport de leurs cultures originelles.
A la Guadeloupe, le cimetière de Morne-à-l’Eau, dont les tombes originales attirent de nombreux visiteurs (elles sont couvertes de jolis petits carreaux noirs et blancs), a été mis à l’honneur dans un ouvrage commandité par Jean-Claude LOMBION, ancien maire de la Commune, aujourd’hui décédé, « Ombres et Lumières ». Sa préface, en français, créole, anglais et espagnol, et les textes qui accompagnent ce recueil iconographique, permettent de mieux appréhender la beauté et la singularité de cette tradition.

Aux Petites Antilles, « illuminer », c’est, en créole et en français, « allumer des bougies en mémoire, en témoignage et en communion ». Activité joyeuse et populaire, la fête de la Toussaint mobilise le peuple vivant dans une visite à ceux qui sont déjà partis, le tout dans une ferveur que la modernité n’amoindrit en rien. En Guadeloupe, ce jour-là, les tombes sont rénovées, enjolivées, fleuries… et la communauté tout entière se retrouve au cimetière, dans un commerce sympathique où la conversation bruyante et chaleureuse des adultes le dispute aux jeux débridés des enfants. La nuit à peine tombée, voici les visiteurs empressés à disposer bougies, lampions et lumignons de toutes tailles, de toutes couleurs, autour des sépultures et, dans la nuit qui s’avance, moucheté de paillettes d’or, le cimetière devient le théâtre d’une féerie. C’est l’illumination. Ces flammes qui scintillent dans la nuit sont porteuses d’un souvenir, d’une prière, d’un message d’amour. Et la lueur qui monte irradie soudain la scène environnante, envahit la voûte céleste avec légèreté et magnificence, tout à la fois.
Il existe, nichée au cœur de la Grande-Terre de Guadeloupe, une petite cité discrète et digne, que ses fondateurs ont rebâtie en quittant le littoral du Grand Cul de Sac Marin, à l’assaut de la plaine de Grippon. D’abord baptisé La Case aux Lamentins par les pré-colombiens, puis une première fois Morne-à-l’Eau, le village deviendra Bordeaux-Bourg avant que le nom de Morne-à-l’Eau lui soit définitivement attribué. Territoire aux mille facettes, la ville de Morne-à-l’Eau concilie terre et mer en prenant de la hauteur (ici, on dirait que les altitudes ont d’autant plus de signification qu’elles ne sont jamais très importantes)… Les Mornaliens sont particulièrement fiers de leur cimetière qu’ils arborent, tel un totem, sur la déclivité, dès l’entrée de la ville, comme pour défier le regard du visiteur. Agrippé à la colline, un dégradé de constructions en amphithéâtre se déploie selon une architecture baroque, les tombeaux recouverts de faïences en damiers s’organisant dans une joyeuse et savante anarchie. Mystérieuse figure de proue d’un petit peuple d’agriculteurs, d’éleveurs et de pêcheurs, le cimetière de Morne-à-l’Eau est reconnu pour sa tranquille originalité et il constitue la principale attraction du territoire.
Lorsque vient le temps de la Toussaint, le site revêt son manteau crépusculaire de lumière votive. Il se couvre de bougies vacillantes, et de son papillotement fragile, remplit de bonheur l’œil de l’observateur, qu’il soit d’ici ou d’ailleurs. Reposant sur la ferveur des gens qui accomplissent un rite simple, l’illumination de la première nuit de novembre installe alors chez tous le sentiment du merveilleux.

« Lueur dans les ténèbres. La flamme d’une bougie, une luciole dans la nuit, visions de la vie qui vacille, éphémère mais bien réelle, symboles de résistance de la lumière dans l’immensité impressionnante de l’obscurité que, seules la lune et la Toussaint, à Morne-à-l’Eau, parviennent à apprivoiser.
Enfant, j’ai vécu à quelques mètres du cimetière du bourg et, impressionné par l’étrangeté de son « atmosphère », la virtuelle présence des défunts, le soin particulier accordé aux sépultures, je m’interrogeais sur ce que représentait pour de nombreux Mornaliens ce passage de la vie à cet au-delà que seules les croyances et la foi expliquent.
A la Toussaint, les lueurs, les lumières, les illuminations, crèvent le ciel en formant une aura indescriptible. Les ténèbres se tiennent à distance, comme pour laisser communier, l’espace d’un moment, les morts et les vivants dans un climat de joie et de recueillement. La lumière, n’est-ce pas le symbole de la vie, de la connaissance et de l’espoir ?
Le blanc et le noir, couleurs de deuil, reflètent à l’unisson sur le carrelage des sépultures l’éclat des bougies qui flambent sur le ventre des tombes ou le toit ou le balcon ou la véranda des caveaux. Car le cimetière est devenu, au fil des générations, un espace original dans un lieu spécifique qui force le respect et l’admiration.
Patrimoine indéfinissable de la ville et de la région, le cimetière de Morne-à-l’Eau est déjà le détour obligé de milliers de visiteurs. » (Jean-Claude Lombion, ancien maire de Morne-à-l’Eau).

Ombres et lumières. Ouvrage quadrilingue sur des photos de Philippe Delos. ISBN 979-10-93070-00-1


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