La note de la présidente des « Langues Modernes » n°3/2019, par Françoise Du

dimanche 8 septembre 2019

Cette nouvelle livraison des Langues Modernes correspondra à la rentrée scolaire et universitaire 2019 qui verra la mise en place progressive de la nouvelle réforme du lycée dès septembre pour les classes de seconde et de première.
L’APLV a été consultée à plusieurs reprises dès la phase des auditions qui ont abouti au rapport Mathiot dont les conclusions ont servi à créer cette énième réforme. L’APLV a été également consultée à plusieurs reprises par la DGESCO dans sa réflexion à propos de l’organisation des enseignements et par le CSP pour réfléchir sur les contenus des programmes. Ces rencontres sont intéressantes et constructives sur le papier ; néanmoins nos demandes n’ont pas, ou peu, été retenues. Jean-Luc Breton, secrétaire général, Patrice Roques et moi-même avons souligné à chaque rencontre les problèmes réels d’effectifs dans les cours de langues étrangères et régionales ainsi que les horaires de tronc commun qui restent insuffisants, et se réduisent à une portion congrue de 2 heures par semaine en classe terminale. Ceci ne permet pas aux professeurs de prodiguer un enseignement riche et cohérent. Nous verrons les conséquences de cette réorganisation des enseignements de langues vivantes dans la nouvelle réforme à l’usage et nous prêterons une attention spéciale à la « langue de spécialité » enseignée en anglais, allemand, italien, espagnol et dans sept langues régionales, et qui remplace la langue approfondie et la LELE. Ces nouveaux dispositifs pédagogiques semblent séduisants pour les élèves lorsqu’ils ont un réel choix mais que se passera-t-il si une spécialité n’est pas choisie par un groupe assez important d’élèves ? Sera-t-elle ouverte ? En ce qui concerne les options, les informations qui nous parviennent confirment malheureusement nos craintes : on perçoit une tendance à la diminution des heures à assurer, qui risque à terme d’amener en de nombreux endroits la disparition des enseignements de langues régionales et de langues dites rares. L’APLV et l’ADEAF ont écrit conjointement au directeur de la DGESCO pour lui demander de mettre sérieusement à l’étude la transformation des spécialités en enseignements assurés dans deux langues à parité. Cette mesure de bon sens permettrait de maintenir une offre linguistique diversifiée, à laquelle l’APLV est très attachée.
Du côté de l’enseignement supérieur les néo bacheliers choisissent souvent de prendre en option ou en L1 des langues dites rares, ce qui est louable a priori car il est très séduisant d’apprendre le coréen, le japonais ou une autre langue pour enrichir sa culture personnelle ou pour réaliser un projet professionnel. Comment répondre à ces nouvelles demandes ? Quels sont les moyens humains et techniques disponibles pour répondre à la demande des étudiants ? À ce jour très peu d’universités disposent d’une réelle « Maison des langues ».
Les idées ne manquent pas : ressources numériques à distance, mutualisation, recours à des pédagogies innovantes pour en citer quelques-unes.
L’apprentissage des langues à tous les niveaux de la vie, de la maternelle à l’université est un fabuleux et exigeant challenge qui nécessite une réflexion et des moyens humains et financiers. L’ouverture au monde sera une réussite si nous engageons une réelle réflexion sur la place des langues vivantes étrangères et régionales dans notre société.
Je vous souhaite une bonne lecture ce cette livraison des Langues Modernes dont le thème est les stratégies d’enseignement des langues et je remercie toute l’équipe éditoriale et le comité de lecture pour leur précieux travail.