Appel à communications pour un colloque sur les mouvements minoritaires en Europe 19-21es siècles

jeudi 4 décembre 2025

En décembre 2023, les occitanistes du laboratoire ReSO de l’université de Montpellier-Paul-Valéry organisaient un colloque sur les revendications des minorités régionales en domaine occitan et ailleurs. Lequel a donné lieu à la publication d’un numéro de la revue Lengas[1].

Si les communications étaient centrées sur des études de cas liés à tel ou tel domaine linguistique, elles dévoilaient souvent en filigrane des relations établies entre telle ou telle de ces minorités. C’est pourquoi il nous a paru pertinent de penser à l’organisation d’un nouveau colloque qui se consacrera aux liens de cette nature qui se sont établis, depuis le XIXe siècle jusqu’à notre époque contemporaine entre minorités « nationales » en France sans exclure, à titre de comparaison, les rapports entre minorités « nationales » françaises et européennes.

On pensera bien évidemment aux relations nouées par Mistral entre le Félibrige et la Catalogne dont le chant de « La Coupo » – et l’objet même – sont le symbole le plus connu (sans forcément que le sens en soit toujours décrypté). Mais l’aura de Mistral est allée bien au-delà de la Catalogne, comme l’a montré une récente exposition aux Archives départementales de l’Hérault, malicieusement intitulée « Mistral super-star »[2].

La relation entre le monde d’oc et la Catalogne est encore bien vivante en ce XXIe siècle et, de la même façon, il y a sûrement des choses à dire sur les liens qui ont pu s’établir entre Bretagne et « frères » celtiques outre-Manche depuis le XIXe siècle ou entre des mouvements d’une même minorité séparés par des frontières étatiques (on pense bien entendu aux Basques, Catalans ou encore aux Flamands). Il peut en aller de même pour des minorités différentes qui ont trouvé des formes d’union ou d’assistance dans un combat politique et/ou même parfois armé comme cela a pu être le cas de l’influence du Sinn Fein et de l’IRA sur les mouvements basque, breton ou corse.

On pourra aussi interroger les quelques tentatives – souvent restées à l’état de proclamation – de fédération des revendications nationalitaires depuis les années 1930, telles qu’elles apparaissent à travers la pensée de Camproux ou la revue Occitania. On connaît aussi des revues comme Peuples et frontières à la fin des années 30, renvoyant à un tout autre univers idéologique – cette revue étant soutenue par les services secrets allemands… Dans une période plus récente on pourra interroger le fonctionnement et les discours des mouvements fédérateurs de partis autonomistes tels que Régions et peuples solidaires (RPS), et, quand ils existent, nationalistes ou indépendantistes.

Les luttes pour la place des langues régionales à l’école menées en périphérie et après la Loi Deixonne, dans la droite ligne de nos travaux antérieurs pourront aussi être étudiées à travers ces mouvements fédérateurs. On accordera une place particulière au Mouvement laïc des cultures régionales (MLCR), notamment à travers les personnalités de Robert Lafont et Armand Keravel, dont les relations ont déjà donné lieu à des travaux[3], ou à des structures comme Défense et promotion des langues de France (DPLF), prolongeant le Cartel mis en place au moment des débats sur la loi Deixonne.

Concernant Lafont, qui reste à ce jour le théoricien le plus prolifique en matière de luttes nationalitaires, on pourra interroger la place qu’occupent dans son œuvre théorique les autres minorités, la Catalogne, évidemment – car il n’a pas échappé à la fascination générale – mais aussi, bien que moins connue, son analyse des mouvements corses notamment autour des événements d’Aléria le 22 août 1975.

Dans les années 60-80, les luttes économiques et sociales dans les régions concernées ont aussi souvent été liées à une expression culturelle spécifique qui a marqué les relations entre ces luttes. On pense par exemple aux liens entre Plogoff et le Larzac.

Dans une autre perspective, on pourra étudier de manière spécifique les mouvements culturels et leurs relations. Il existe des festivals occitans ouverts aux autres minorités, comme l’ESTIVADA de Rodez qui, pendant presque trente ans, a intégré dans sa programmation les expressions culturelles – musique, théâtre, contes – des autres « minorités ». C’est aussi le cas du festival des Hautes terres de Saint-Flour dans le Cantal, ou du festival du film des Minorités de Douarnenez.

On pourra également évoquer les traductions d’une langue régionale dans l’autre (Espieut, Larzac, Yves Rouquette ou plus récemment Delpastre en breton) ou encore les anthologies littéraires intégrant plusieurs langues minoritaires et ainsi tenter de dresser un début de bilan des travaux scientifiques comparatifs des littératures en langues minorisées ou étudier les contenus littéraires eux-mêmes dès lors qu’ils mettent en jeu deux ou plusieurs de ces langues et cultures.

Soumission des propositions
Résumé à adresser à Marie-Jeanne.Verny at univ-montp3.fr, et Yan.Lespoux at univ-montp3.fr, accompagné d’une brève bio-bibliographie.

Calendrier
 31 décembre 2025 : soumission des propositions (titre, résumé, mots clés, bibliographie indicative, CV)
 15 janvier 2025 : communication de la décision du CS (accepté avec ou sans modification / refusé)
 15 février 2026 : proposition de pré-programme


Université Paul Valéry