Chères lectrices, chers lecteurs,
C’est avec un plaisir particulier que j’écris ces lignes pour ouvrir ce premier numéro de l’année. J’ai en effet l’honneur de le faire en tant que nouvelle présidente de l’Association des Professeurs de Langues Vivantes, fonction à laquelle j’ai été élue en décembre 2025.
L’année qui s’ouvre est une année symbolique pour notre revue Les Langues Modernes, puisqu’elle marque son entrée dans sa cent-vingtième année d’existence. Le premier numéro paraît en effet en 1907, dans le prolongement du Bulletin de la Société des professeurs de langues vivantes de l’enseignement public. Depuis plus d’un siècle, la revue accompagne les évolutions de l’enseignement des langues et constitue un espace de réflexion et de débat entre enseignants, formateurs et chercheurs.
La consultation des premiers numéros aujourd’hui accessibles sur Gallica est toujours éclairante : on y retrouve des débats qui, plus d’un siècle plus tard, continuent de structurer la réflexion sur l’enseignement des langues. Dès 1907, les auteurs insistent sur la nécessité de faire vivre les langues dans les classes et de ne pas réduire leur apprentissage à une connaissance abstraite des règles. L’un d’eux rappelle ainsi que l’enseignement des langues ne doit pas seulement former des lecteurs de textes étrangers, mais permettre d’entrer en contact avec la langue telle qu’elle se parle. Dans ces mêmes pages, les enseignants discutent déjà avec passion de la place de l’oral, de la prononciation, de la grammaire ou encore du rôle de la traduction.
Plus d’un siècle nous sépare de ces premières discussions. Les méthodologies ont évolué, les cadres institutionnels se sont transformés, et les recherches en didactique des langues ont profondément renouvelé les perspectives. Pourtant, certaines questions demeurent étonnamment actuelles : comment donner du sens à l’apprentissage des langues ? Comment permettre aux élèves de s’approprier réellement les langues qu’ils apprennent ? Comment articuler l’apprentissage linguistique, la découverte culturelle et l’ouverture à l’altérité ?
Ces interrogations traversent l’histoire de l’enseignement des langues et continuent aujourd’hui d’alimenter la réflexion pédagogique et la recherche. Elles rappellent aussi combien l’enseignement des langues dépasse la seule acquisition de compétences linguistiques : il participe à la formation intellectuelle, culturelle et citoyenne des élèves. Dans ce contexte, la reconnaissance croissante du plurilinguisme dans les politiques éducatives européennes, notamment à travers le Cadre européen commun de référence pour les langues, constitue une évolution importante. Depuis longtemps, l’APLV défend cette vision d’une éducation aux langues qui valorise la diversité linguistique, la complémentarité des langues et la richesse des répertoires des apprenants. Les pages des Langues Modernes en témoignent régulièrement, à travers plusieurs numéros consacrés au plurilinguisme, aux approches plurielles ou encore aux relations entre langues et cultures.
L’année 2026 marque également un autre anniversaire important pour notre domaine : le cent-vingtième anniversaire du programme des assistants de langues. Créé au début du xxe siècle dans un contexte de rapprochement culturel entre les pays européens, ce dispositif apparaît presque en miroir de la naissance de notre revue. Dans les deux cas, il s’agit de donner aux langues une place vivante dans l’éducation : par la réflexion pédagogique et le partage d’expériences d’un côté, par la présence concrète de locuteurs venus d’autres horizons de l’autre.
Depuis plus d’un siècle, les assistants de langues jouent un rôle essentiel dans les établissements scolaires. Leur présence permet aux élèves de rencontrer la langue dans sa dimension vivante, de découvrir d’autres cultures et d’expérimenter concrètement la dimension interculturelle de l’apprentissage des langues. À bien des égards, ils incarnent ce que l’enseignement des langues a de plus précieux : la rencontre avec l’autre.
Alors que Les Langues Modernes entrent dans leur cent-vingtième année et que nous célébrons également cent vingt ans d’échanges incarnés par les assistants de langues, l’APLV poursuit avec conviction le même engagement qui animait déjà les fondateurs de la revue en 1907 : défendre la place des langues dans l’éducation, promouvoir une véritable éducation plurilingue et rappeler, aujourd’hui comme hier, que les langues sont au cœur d’un projet profondément humaniste d’ouverture aux autres et au monde.



