"Séjours et Voyages", introduction au n° 1-2007 des Langues Modernes, par Bernard Delahousse

samedi 20 octobre 2007
 Bernard DELAHOUSSE

S’il est un domaine où le « ras-le-bol » des enseignants de langues a atteint la cote d’alerte, c’est bien celui de l’organisation des échanges et des séjours linguistiques. Les témoignages sur les liste de diffusion d’anglicistes se multiplient : nombre de voyages sur temps scolaire sont annulés ici et là dans les collèges et lycées.

Les raisons en sont connues : surcharge de travail due à la préparation pédagogique, logistique et administrative de l’échange ou du voyage, mais guère prise en compte dans le service des enseignants, donc non rémunérée ; normes de sécurité de plus en plus strictes et responsabilité personnelle des organisateurs en cas d’accident ; l’attitude tatillonne de certains conseils de parents d’élèves sur les conditions d’organisation (exigence de participation de classes complètes, ou encore de gratuité totale).

Ce qui a récemment mis le feu aux poudres, ce sont les observations des Chambres régionales des Comptes sur la prise en charge des frais de séjour des accompagnateurs, à la suite de quoi le Ministère a rappelé [1] qu’il était illégal de faire supporter ces charges par les familles, et qu’il incombait aux établissements de trouver d’autres sources de financement (collectivités, foyers socio-éducatifs, comités d’entreprises). Or, ce n’est un secret pour personne, celles-ci sont très « variables » selon la région ou le département, et les budgets de la plupart des établissements couvrent à peine leurs besoins. Résultat : les projets passent à la trappe. D’où découragement ou colère des collègues, et désaffection pour ce type de bénévolat.

La première partie de ce numéro traite de certains des problèmes évoqués ci-dessus.

Laure Peskine décrit de manière très complète la marche à suivre pour organiser un échange entre établissements, apportant ainsi des éléments de réponse à ces questions. Elle nous pilote à travers le dédale des démarches administratives et des textes officiels, traite de la stratégie de recherche de partenariat et des problèmes de logistique, et donne des exemples d’activités pédagogiques contenues dans le projet d’appariement entre son collège et un établissement britannique. Elle nous livre ici un véritable « guide » [2] qui, nous l’espérons, sera utile aux collègues.

De même, il nous a paru « utile » de connaître la position des parents [3], partenaires incontournables lors du montage d’un projet. Faride Hamana, Président actuel de la FCPE, souligne que sa fédération n’a pas d’opposition de principe à ce type d’activités et en voit bien l’intérêt, mais qu’elle reste vigilante sur le respect de la réglementation en vigueur. Pour apaiser les tensions parfois vives entre professeurs et parents, il préconise la création, dans chaque établissement, d’une commission « sorties et voyages scolaires » pour élaborer en commun un cahier des charges et une charte de bonnes pratiques.

Enfin, Florence Yazpandanah, responsable des séjours linguistiques dans un organisme privé [4], passe en revue les différentes formules de séjour, et rappelle quelques critères permettant de faire le « bon choix » et de distinguer les organismes sérieux de certains marchands d’illusion.

D’aucuns s’étonneront peut-être que notre revue ouvre ses colonnes à une fédération de parents dont la position sur les voyages linguistiques n’a pas toujours été bien perçue - c’est un euphémisme - par les enseignants de langues, ainsi qu’à une professionnelle qui « vend » des séjours. La rédaction des Langues Modernes a estimé que, les collègues étant amenés à traiter quotidiennement avec elles, il valait mieux être au fait de leurs points de vue que de les ignorer. Elle rappelle que le contenu des articles publiés dans la revue est de la responsabilité de chaque auteur et ne vaut engagement ni de la rédaction ni de l’APLV.

Le second groupe d’articles porte sur les échanges et séjours dans le cadre universitaire qui, sous l’impulsion des programmes européens Erasmus et Leonardo, ont connu un succès croissant au cours des 20 dernières années.

Fred Dervin, enseignant-chercheur à l’université de Turku, Finlande, propose une analyse originale de la mobilité des étudiants Erasmus fondée sur le concept de « modernité liquide » du sociologue Z. Bauman. Des entretiens qu’il a conduits avec des étudiantes finlandaises sur leur vécu en France, il a observé, au-delà du sentiment général d’une expérience valorisante, des contradictions dues à des problèmes d’identification et de représentation, et il en conclut qu’il est urgent de mettre en place des préparations à des situations d’être ensemble.

Deux témoignages viennent compléter cette analyse. Le premier est celui d’une ex-étudiante Erasmus actuellement en Master à Toronto, Maryne Visser, qui décrit avec enthousiasme son expérience au Royaume-Uni : outre les apports académiques et linguistiques, c’est la découverte de l’autre et, par ricochet, d’elle-même qui l’a le plus marquée. Le second est celui d’une coordinatrice Erasmus à l’université d’Angers, Roselyne Rogin-Martin : elle fait le bilan lucide de ses 20 ans de pratique qu’elle illustre d’anecdotes, souvent drôles, toujours symptomatiques, dans lesquels beaucoup de collègues se reconnaîtront ; estimant que le séjour à l’étranger n’est pas une panacée, elle prodigue quelques conseils pour éviter les désillusions. En effet, un tel séjour se prépare, et pas seulement sur le plan de la langue.

Irina Andreeva Sussin, chercheur à l’université de Nantes, décrit la démarche qu’elle a expérimentée avec des étudiants de russe en vue de développer chez eux des savoir-faire interculturels par le biais d’échanges sur Internet : l’échange, conçu ici comme le fondement même de toute culture, permet de mieux comprendre l’Autre et de mieux se comprendre soi-même.

Enfin, comme le préconise la Commission européenne, la mobilité n’est pas à l’usage exclusif des élèves ou des étudiants ; les « apprenants-tout-au-long-de-la-vie » que sont les enseignants sont également concernés.

A cet effet, Marie-Pascale Hamez, enseignante à l’université de Lille3, fait une recension assez complète des différentes formules d’échange de poste, de l’école à l’université : textes de référence, sites à consulter, procédures, salaires, etc. Un document pratique pour les candidats à la mobilité !

La « formation croisée » des professeurs d’école stagiaires est un autre exemple intéressant d’échange entre les IUFM et des écoles britanniques : Jean-Claude Le Bihan, formateur à l’IUFM de Rouen, analyse ici les réponses des stagiaires PE2 aux questionnaires qui leur ont été soumis avant et après leur séjour dans une école de Bristol afin d’étudier l’évolution de leurs représentations. Il observe, chez eux, la primauté de l’apport « professionnalisant » sur les dimensions linguistique et culturelle de l’expérience, même si celles-ci restent des composantes fondamentales.

Ce dossier des Langues Modernes [5] est constitué d’articles d’horizons divers ménageant un équilibre entre informations pratiques, témoignages et articles de fond, et couvrant les trois degrés d’enseignement. Notre souhait est qu’il suscite chez le lecteur réflexion et réaction.

Bernard Delahousse, IUT « A » de Lille, Rédacteur en Chef du Polyglotte


[1Cf. site EduSCOL :, rubrique Sorties scolaires.

[2En parallèle, le site www.aplv-languesmodernes.org propose, dans sa rubrique Voyages et échanges, des articles portant sur des points précis comme les obligations des agences de voyages, les règles d’or du transport scolaire, le Voyage Scolaire Educatif, etc.

[3La contribution de la PEEP, trop générale, n’a pas été retenue par le Comité de lecture. Par contre, la rubrique Séjours linguistiques sur www.peep.asso.fr peut être consultée.

[4OISE est un organisme affilié à l’UNOSEL (Union nationale des organisations de séjours linguistiques et des écoles de langue) : www.unosel.com. Autres groupements : l’Office national de garantie des séjours et stages linguistiques : www.loffice.org ; la Fédération française des organisateurs de séjours culturels, linguistiques et sportifs : www.ffosc.com .

[5En complément, le Polyglotte n°68 de mars 2007 publie l’interview de M-H Taquet, de la DARIC d’Orléans-Tours, sur le projet européen ELOS dans le cadre d’un réseau Comenius 3


Commentaires  forum ferme

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"Séjours et Voyages", introduction au n° 1-2007 des Langues Modernes, par Bernard Delahousse
samedi 20 octobre 2007 à 10h51 -  administrateur

Bonjour,
Je suis actuellement en pleine interrogation suite à la commission d’affectation des crédits de mon établissement qui a purement et simplement refusé d’attribuer le moindre centime pour le projet d’échange de nos élèves avec un lycée des Etats Unis sous le prétexte et je cite la délégué des parents d’élèves : "Puisqu’ils sont prêts à payer 900 euros, pourquoi leur attribuer une subvention, ce projet ne sert qu’à faire mousser le lycée".
Je suis outrée par ce genre de comportement et de décision qui "punit" non pas les enseignants ou le lycée, comme semble le croire cette charmante dame, mais les élèves.
Dans notre lycée, cette commission a été créée il y a 2 ans et est composée de personnes qui n’ont rien à voir avec les projets (par exemple, le monsieur chargé des photocopies, des agents de service etc). L’intention était que cette commission soit le plus neutre possible, mais elle se trouve finalement manipulée.
De plus, nous projetons d’emmener 24 élèves pendant 2 semaines et demie aux Etats Unis, où ils vivront avec les familles de leur correspondants et iront en cours au lycée, et se pose le problème de la part des enseignants, que le lycée doit prendre en charge (3 accompagnateurs). Le Proviseur est assez ouvert mais le budget de l’établissement qui subit quelques difficultés ne pourra peut être pas permettre qu’on soit prises en charge. De plus, cette même parent d’élève sera au CA qui aura lieu lundi soir et fera donc tout son possible pour que cet échange n’ait pas lieu.
Je suis vraiment en colère contre l’attitude de ces personnes qui ne prennent à aucun moment en compte le travail fait par les enseignants, et surtout la volonté de partir des élèves.
J’ai rdv avec mon Proviseur lundi matin à la 1er heure afin d’essayer de résoudre ces problèmes.
Ma confiance dans les "valeurs" de la République, l’égalité et la fonction d’enseignant vient d’en prendre un gros coup !

Logo de Laure Peskine, professeure d’anglais
samedi 29 décembre 2007 à 10h31 -  Laure Peskine, professeure d’anglais

Justement en refusant cette subvention les "valeurs de la République" sont bafouées. Ce sont les élèves dont les parents ne peuvent pas payer la totalité du voyage qui sont punis. Les subventions (fonds social collégiens, lycéens, subventions rectorales, du département ou de la région etc.) sont explicitement accordées pour les familles qui en ont besoin. Pour certains élèves dont les parents n’ont pas les moyens, le fait que l’établissement refuse de redistribuer de l’argent à un projet d’échange empêchera certains d’entre eux de jamais aller aux États-Unis (s’il vous-plaît, mettons ici de côté le débat de la destination car si il s’agissait d’un échange avec l’Allemagne ou la Chine il ne se poserait pas !) et d’avoir l’expérience de leur vie. Les familles qui en ont les moyens paieront de toutes façons des voyages aux États-Unis à leurs enfants.
De plus il s’agit dans ce cas d’un échange et non pas d’un voyage. La différence est énorme sur le plan pédagogique et linguistique, inutile de le rappeler, les lycéens sont donc doublement punis du bénéfice linguistique qui peut leur être apporté.
Les échanges ont de plus en plus de difficultés à se mettre en place à cause des restrictions des subventions et de la mauvaise interprétation des textes faites par certains chefs d’établissement. Si l’Éducation Nationale continue dans ce sens le séjour "éducatif et linguistique" à l’étranger, qu’il soit échange (très rare, quasi inexistant en dehors des établissements scolaires, mais de loin le plus profitable) ou simple séjour disparaîtra. Les enfants de familles favorisées, eux, de toutes façons pourront toujours continuer à faire des séjours à l’étranger dont le coût restera élevé vu que les organismes privés doivent bien rémunérer le travail que les enseignants font la plupart du temps gratuitement en dehors de leurs heures de service.

J’espère que cette enseignante qui se démène pour que tous les élèves puissent avoir droit à la même chance a pu résoudre le problème. Pour certains d’entre eux ce sera la seule fois de leur vie qu’ils mettront le pied à l’étranger.

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lundi 19 novembre 2007 à 23h12 -  lacour

Vous écrivez : "Je suis outrée par ce genre de comportement et de décision qui "punit" non pas les enseignants ou le lycée, comme semble le croire cette charmante dame, mais les élèves". Et ceux qui ne peuvent pas payer 900 euros ? Ne sont-ils pas punis ? ou peut-être avez vous trouvé une solution pour qu’il y ait égalité des chances, car ça, c’est une valeur de la République.

Site web : séjour et voyages
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