« Recherche et transmission des cultures étrangères », dirigé par Thomas Pughe, Karin Fischer, Claire Decobert et Mathieu Bonzom

lundi 15 juin 2020
 BRETON Jean-Luc

Note de lecture : Recherche et transmission des cultures étrangères, sous la direction de Thomas Pughe, Karin Fischer, Claire Decobert et Mathieu Bonzom, Presses Universitaires de Rennes, 2020, 32€

« Recherche et transmission des cultures étrangères » offre à ses lecteurs un état des lieux de la recherche en langues vivantes, et, au-delà, un regard sur l’enseignement universitaire des humanités. Les troisième et quatrième parties de l’ouvrage proposent de nombreux exemples de théorisations et de mises en œuvre didactiques, dans le cadre d’un enseignement de la littérature en tant que pratique de l’interculturalité et d’un renforcement et d’une défense des valeurs humanistes telles que l’acceptation de la différence et l’écocitoyenneté. Les articles qui constituent ces deux parties du livre donneront de nombreuses idées aux professeurs des spécialités LLCER au lycée et aux spécialistes de littérature et de civilisation à l’université, y compris des suggestions pratiques d’analyse de documents et des sujets d’écriture.

Les deux premières parties de l’ouvrage constituent une étude remarquable de la situation des humanités à l’université aujourd’hui. Les différents auteurs témoignent de la « subordination de l’enseignement supérieur et de la recherche aux objectifs économiques engagé[e] dans les années 1990 » (Karin Fischer et Sylvie Pomiès-Maréchal) et confirmée par la loi de 2013 « mettant en avant en particulier une Université au service de la « croissance », de la « compétitivité de l’économie » et de « la réalisation d’une politique de l’emploi » » (Fischer et Pomiès-Maréchal). Le malaise ressenti par les enseignants de langue est exposé : ils assistent à une redéfinition de leur métier, qui peut s’apparenter à une « dénaturation » (Claire Decobert), à l’émergence de nouvelles priorités, axées sur une plus grande « utilité communicationnelle » (Fischer et Pomiès-Maréchal), à la nécessité d’entrer en compétition avec les grandes écoles et les filières sélectives, en développant des instruments propres à la « logique de marché » (Decobert).

La « pensée unique institutionnalisée » (Fischer et Pomiès-Maréchal), qui résulte « d’une volonté étatique soutenue de réduire drastiquement le financement public des universités […] dans la mise en place d’un grand marché de l’enseignement et de la connaissance » (Mathieu Bonzom), « conjointement économique et idéologique » (Bonzom), va à l’encontre d’« une autre utilité, que nous appellerons utilité sociale, utilité démocratique » (Bonzom).

L’un des attraits, et non des moindres de ce livre est qu’il concilie idées pratiques pour adapter l’université à la gestion libérale dominante et résistance à cette domination. Sylvie Bauer montre « en quoi l’enseignement de et la recherche en littérature relève d’un geste politique », qui doit tendre à proposer aux étudiants « des lieux possibles d’altérité ». Mathieu Bonzom témoigne de la mise en perspective idéologique que le choix de la vision de l’histoire populaire d’Howard Zinn (par opposition à l’histoire mémorielle « classique ») lui permet dans ses cours de civilisation américaine.

« Recherche et transmission des cultures étrangères » est un livre militant, critique évidemment, mais aussi riche en propositions, qu’il reviendra à chaque enseignant de creuser et d’approfondir, au lycée comme à l’université.

Jean-Luc Breton


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